Rechuter, c'est l'impression qu'on ne guérira jamais.

Tu peux arriver à un stade de guérison où tu as l'impression que tout va bien. Que tu ne seras plus jamais la même personne. Que tu as enfin réussi à devenir celle que tu rêvais d'être.
Parce que ce qui te terrifiait n'est plus devant toi. Parce que tu gères les choses mieux qu'avant.
Mais parfois, ce n'est pas forcément que tu as guéri. C'est juste que la vie ne t'a pas encore remis face à ce qui te déclenche. Parce que guérir, c'est aussi affronter ce qui nous chamboule.
Puis, quelque temps plus tard, tu découvres que tu es revenue à tes anciennes habitudes, à certains anciens comportements, à certains schémas de pensée. Comme si tu n'avais fait aucun progrès.
Comme si toutes ces nuits d'insomnie, toutes ces heures à essayer de comprendre, tout ce que tu as donné pour survivre n'avaient servi à rien.
Avant de développer, je veux qu'on essaye de faire ça ensemble.
Prends ton carnet et réponds à ces questions :
Quelle est ta définition de la guérison ?
Et si tu devais décrire ta propre guérison, elle ressemblerait à quoi ?
Beaucoup d'entre nous répondront : la paix. L'oubli. Ne plus rien ressentir. Être courageuse. Être forte.
Mais est-ce que ce n'est pas une idéalisation de la guérison ?
Et si la rechute faisait partie intégrante du processus ?
Parce que c'est justement une étape essentielle que la plupart d'entre nous essayons d'éviter à tout prix.
Rechuter, c'est admettre qu'on a encore mal.
Rechuter, c'est ressentir à nouveau.
Rechuter, c'est parfois avoir l'impression qu'on ne guérira jamais.
Qu'on finira hanté par nos pensées, nos traumatismes, nos peurs. Que nos waswas avaient raison depuis le début.
Que nous sommes condamnés à être comme ça.
Et voilà.
Place à la peur.
À la solitude.
Aux doutes.
Et surtout, te voilà en train de remettre en question tous les efforts que tu as faits.
Pourtant, la rechute représente souvent une phase de transition.
Une période durant laquelle nous réassemblons les pièces du puzzle perdues en chemin.
Elle agit comme une boussole qui nous réoriente lorsque nous nous perdons dans notre propre processus de guérison.
Elle ressort ce que nous essayons de camoufler.
Parce que oui, il arrive que nous nous perdions.
Nos relations familiales impactent nos relations amoureuses.
Nos blessures impactent nos amitiés.
Nos peurs impactent notre manière d'aimer.
Tout est lié.
Imagine un nœud.
Même si tu réussis à en défaire une partie, cela ne veut pas dire que le reste sera facile.
Parfois, le nœud se resserre parce qu'il n'a pas été correctement défait.
Et avec le temps, nous accumulons énormément de choses en nous.
Il faut du temps avant de réussir à tout démêler.
La rechute n'est pas la conséquence de ton manque d'efforts.
Elle n'est pas non plus la preuve qu'il y a quelque chose de cassé en toi.
Au contraire.
Elle te montre où tu en es réellement.
Elle te permet parfois de sortir des illusions dans lesquelles tu étais enfermée.
Parce que notre cerveau va très vite.
Le « je vais mieux » devient rapidement le « j'ai guéri ».
Le problème, encore une fois, ce n'est pas la rechute.
C'est notre manière de réagir à la rechute.
Souvent, nous croyons être revenus à la case départ alors qu'en réalité nous ne savons simplement pas comment gérer cette étape.
Parce que la peur de redevenir la personne d'hier amplifie tout.
Et il est très difficile d'accepter qu'on soit encore confronté à quelque chose qu'on a tant essayé de dépasser.
Mais accepter la rechute ne veut pas dire accepter l'échec.
Accepter la rechute, c'est accepter qu'on n'est pas encore arrivé à destination.
C'est reconnaître qu'il reste du chemin.
Et parfois, c'est même remercier Allah de nous montrer encore ce que nous devons travailler.
Parce qu'il est important de prendre le temps.
Même si c'est effrayant.
Même si cela demande un moment de solitude.
Même si cela implique une période de faiblesse.
« Je vais bien, mais j'ai besoin d'être un peu triste. »
Et ça aussi, c'est sain.
À chaque rechute, nous faisons des promesses :
« Cette fois sera la dernière. »
Puis nous rechutons à nouveau.
Et Allah le sait.
C'est exactement le cheminement du repentir.
Parce que rien n'est plus difficile que de lutter contre quelque chose que notre âme connaît déjà.
Le problème n'est pas de rechuter.
Le problème est de croire que nous ne devrions jamais rechuter.
Que notre progression devrait être parfaitement linéaire.
Rappelle-toi la première fois où tu as dû te séparer de quelqu'un que tu aimais.
Ou peut-être traverses aujourd'hui un détachement difficile.
Que ressens-tu lorsque tu y penses ?
Comment ton corps réagit-il ?
Est-ce que cela en vaut la peine ?
Personnellement, lorsque quelque chose me touche profondément, j'ai tendance à rentrer dans une bulle.
Mon corps est en alerte.
Mes pensées tournent en boucle.
J'ai besoin de partir.
J'ai besoin de m'éloigner.
J'ai besoin de prendre du recul.
Et pendant longtemps, je pensais que c'était une rechute.
Aujourd'hui, je comprends que c'est simplement ma manière de réagir.
Je dois juste apprendre à mieux gérer cette réaction.
Parce que cela ne veut pas dire que je suis revenue à zéro.
Cela veut simplement dire que je ne suis peut-être pas encore prête.
Dans ces moments-là, beaucoup de personnes s'isolent.
Elles coupent les ponts.
Elles arrêtent de vivre.
Elles attendent simplement que la douleur passe.
Mais attention.
Le cerveau comprend davantage les actions que les mots.
Lorsque tu t'isoles à chaque rechute, ton cerveau apprend que souffrir signifie arrêter de vivre.
Et là commence le cercle vicieux.
La fois suivante, au moindre choc émotionnel, il réactivera automatiquement ce programme.
S'isoler.
Abandonner.
Attendre.
Et ça, je le connais très bien.
C'est exactement ma rechute à moi.
Mais cette fois, j'ai réussi à réduire sa durée.
Et c'est déjà énorme.
Je suis fière de ça.
Je continue à avancer.
Je continue à voir du monde.
Je continue à faire ce qui me fait du bien même quand je vais mal.
Parce que le secret est peut-être là.
Comprendre que :
L'amélioration est une décision.
Le changement est une décision.
La guérison est une décision.
Continuer malgré la peur est une décision.
Pour finir, de toi à toi :
Est-ce que cela vaut vraiment la peine de continuer à te faire subir cette souffrance ?
As-tu compris que tu n'es pas seulement ta blessure ?
Tu es aussi ta guérison.
La rechute n'est pas un lieu où l'on s'arrête de vivre.
C'est une étape.
Une phase de transition.
Même lorsque tu es épuisée.
Même lorsque tu es blessée.
Même lorsque tu as l'impression de ne pas aller bien.
Continue à vivre.
Continue à avancer.
Continue à faire ce que tu as à faire.
Même si ta encore mille questions et mille blessures.
Parce que la guérison n'est pas l'absence de rechutes.
La guérison, c'est apprendre à vivre sans être depassé
Et sache qu'on n'arrêtera jamais de l'apprendre.



